Textes

Règlement de travail pour travailleurs(document allemand de 1870)

- Chaque jour, avant le début des activités, le bureau et les locaux de l'entreprise seront nettoyés à fond et le poêle sera allumé; pour ce faire, chaque travailleur apportera une quantité suffisante de charbon.

 - La journée de travail est de douze heures.En cas de besoin, les travailleurs presteront des heures supplémentaires sans qu'il faille les y contraindre.

- Les travailleurs qui font de la politique seront licenciés sur-le-champ.

- La direction de l'entreprise attend de ses travailleurs qu'ils n'abusent pas de l'alcool ou du tabac.

- L'épouse et les filles du patron ainsi que les autres personnages importants seront salués respectueusement.

- La lecture de la Bible est recommandée aux travailleurs.La lecture d'autres livres est également autorisée, pour autant que ces derniers n'incitent pas à la dépravation des mœurs.

- Les travailleurs veilleront à rester en bonne santé, car le personnel malade ne perçoit pas de salaire.Chacun mettra donc de côté, chaque semaine, une partie de son salaire afin de pouvoir faire face à de tels contretemps.

- Un travailleur ne peut jamais faire d'erreur sous peine de licenciement.

- Celui qui réplique au patron montre peu de respect à l'égard de son supérieur et devra en supporter les conséquences.

- Les travailleuses s'efforceront de mener une vie pieuse.

- Un congé n'est accordé qu'en cas de décès.Le salaire est alors retenu.

- Chaque travailleur signalera immédiatement tout ce qu'il entend dire à propos de son patron, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'entreprise.

- Chacun doit savoir qu'il doit de la reconnaissance à celui qui lui procure son pain, car il vous maintient tous en vie. Et n'oubliez pas que beaucoup de gens seraient contents de prendre votre place.

De la nuit noire 

De cette nuit noire, de ce monde de misère,
Relevez vos têtes en un front radieux
Et contre les puissants qui profanent notre vie,
Unissez-vous, formez une vigoureuse ligue des femmes!

Pour tous les enfants qui manquent de lumière,
Qui sombrent dans un flot rapide de détresse,

Déployez et agitez les rouges bannières !

Camarades, luttez! La victoire ou la mort !

Levons le drapeau vers un horizon radieux.

 

La terre est lourde d'innombrables larmes.

Pourquoi, mes sœurs, masquent-elles votre visage ?

C'est un chemin vers la joie que nous voulons tracer,
Un boulevard vers le grand soleil.

Marchons, marchons, vers le pays de la Saint-Jean,
Formons un vaillant front des femmes.

De cette nuit noire, de ce monde de misère,
Brandissez le drapeau vers un horizon radieux !

 

Texte de Margot Vos (1930)

 

 

 

 

 

À travers les Flandres (1er extrait)

 

    Nous voici devant la maison d’un tisserand. La porte est simplement munie d’un loquet en bois. À quoi bon une serrure ? C’est bon pour les gens riches ! Nous entrons et je regarde autour de moi. Quelle navrante misère ! Dans chacune des deux places, un lit de paille avec des draps usés, salis, couverts de la poussière du rouet. Dans le lit de l’arrière place, à côté du métier, sont couchés deux enfants, dont le plus petit n’a que quelques semaines. Des vitres manquent à l’unique fenêtre. On a bouché les trous avec de la toile d’emballage. Dans la place de devant, une table branlante, des chaises boiteuses avec des dossiers ou des pieds brisés, un vieux bahut, un portemanteau en bois, auquel pendent quelques nippes, des seaux, des casseroles par terre, et dans la cheminée un long poêle de Louvain. Il n’y a pas de feu et au-dehors souffle le vent d’hiver.

 

    - Nous venons vous voir travailler un instant, dit Beerblock.

 

    - Entrez, Messieurs, dit l’homme en se découvrant.

 

    Il se mit aussitôt devant son métier, appuya le pied sur une des marches et lança sa navette. À côté de lui, une jeune fille d’une vingtaine d’année filait. Voilà Marguerite à son rouet, belle comme celle de Faust, avec un visage allongé, régulier comme celui des vierges de Memling. Mais ici, Marguerite n’était pas entourée des splendeurs de la scène : un pauvre châle couvrait sa maigre poitrine ; une poussière âcre s’échappait de son rouet et retombait dans ses cheveux blonds et sur ses épaules. Ce n’est pas dans ce milieu de misères que Faust serait venu la chercher !

 

    -Quel est en moyenne votre salaire par semaine ? demanda Beerblock au tisserand.

 

    La jeune fille cessa de filer, l’homme arrêta son métier et dit

en se levant :

 

11

    - Cela dépend, Monsieur Beerblock. Nous travaillons par entreprise. En moyenne 9, 10 et quelquefois 12 francs. 

                                      

- Vous avez beaucoup d’enfants ?

 

    - Ma femme s’est accouchée du vingt et unième, il y a six semaines !

Seulement il ne m’en reste que cinq en vie.

 

    - Quel âge avez-vous ?

 

   - Cinquante-deux ans. Ma femme en a quarante-deux.

 

    - Où est-elle, votre femme ?

 

    - Sur les routes. Elle fait la colporteuse. Comment voulez-vous que nous vivions sans cela ?

 

    Nous sortîmes et je songeai : vingt et un enfants !  Qu’est-ce que cela représente de privations et de souffrances ! Mais quoi, n’est-ce pas par leur reproduction prolifique que les êtres faibles échappent à la destruction de leur espèce ? Les prolétaires ne se lassent pas de donner à la société de nouveaux producteurs qui, un jour, vengeront leur classe, vengeront l’humanité méconnue et outragée par la barbarie de notre régime social.

 

August De Winne (1901)

 

 

 

 

 

 

 En quoi le combat contre la guerre a-t-il à voir avec le socialisme?

 

    Le militarisme constitue, pour la société dans son ensemble, un gaspillage totalement absurde de productivité avec, dans son sillage, une détérioration du niveau de vie de la classe ouvrière. Pour les capitalistes par contre, le militarisme offre de brillantes possibilités d'investissement et il renforce les fondements de leur domination de classe.

 

    La question de savoir si la demande de biens émane de consommateurs disparates ou de l'Etat n'est pas sans importance aux yeux des capitalistes. La demande émanant de l'Etat présente toutes les garanties, se fait sur une grande échelle et permet de fixer les prix de manière attractive, le plus souvent sur une base monopolistique; l'Etat est donc un client idéal et les contrats avec les pouvoirs publics sont, pour le capital, des affaires en or.

 

    Les pacifistes des milieux bourgeois croient pouvoir atteindre la paix mondiale et le désarmement dans le cadre de l'ordre social existant. Nous pensons, au contraire, que le militarisme ne pourra être éradiqué qu'avec la disparition de la société de classe capitaliste. (...)

 

    Une société qui, pour enrichir une minorité, exploite des millions d'hommes, les maintient sous le joug du travail et prive de leur vie des dizaines de milliers de personnes parce qu'elle recherche impitoyablement le profit, une telle société ne peut comprendre les idéaux de la fraternité (…). Une telle société se rend coupable d'un génocide systématique pour parvenir à ses fins politiques.

 

Rosa Luxemburg (1914)

 

 

 

dessin contre la guerre de Kate Kollwitz

 

 

 

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